La Corée du Nord souffre depuis de nombreuses années d'une crise humanitaire aiguë marquée par une pénurie alimentaire dramatique et une dégradation constante de son système de santé. La famine a causé entre 2 à 3 millions de morts entre 1995 et 1998, selon certaines sources. Le pays reste l’un des premiers bénéficiaires au monde du Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (PAM).
La présence d’ONG en Corée du Nord s’avère très faible, en raison des restrictions d’accès aux bénéficiaires et du risque de détournement de l’aide humanitaire par le pouvoir central.
En septembre 2005, le gouvernement nord-coréen avait annoncé mettre fin à toute activité d’aide humanitaire d’urgence d’ici fin 2005. L’aide au développement restait par contre autorisée, mais sous certaines conditions. Après quatre mois de suspension des activités humanitaires et de longues négociations avec les autorités de Pyongyang, les programmes des différentes organisations de solidarité internationale ont pu reprendre le 1er mai 2006. L’aide internationale contribue à ce jour à nourrir 6,5 millions de personnes sur une population de 22,5 millions, selon le PAM.
Première Urgence fait aujourd’hui partie des six ONG présentes de manière permanente en République populaire démocratique de Corée.
Réhabilitations des hôpitaux vétustes
Les hôpitaux nord-coréens sont dans un état avancé de dégradation et de vétusté, en raison du manque de moyens. Après avoir achevé en mai 2006 la réhabilitation des toits des hôpitaux de Sariwon et d’Haeju dans l’ouest du pays, Première Urgence a terminé fin novembre 2005 la réhabilitation et l’équipement des blocs opératoires de ces deux hôpitaux d’une capacité d’accueil de 700 lits. Une formation à l’utilisation des équipements chirurgicaux distribués par Première Urgence a également été dispensée auprès des médecins des hôpitaux de ces deux villes.
En Corée du Nord, les populations civiles paient le prix de l’isolement du régime
Véronique Mondon, 55 ans, est chef de mission à Pyongyang. Elle suit le déroulement de la mission de Première Urgence en Corée du nord depuis son début il y a cinq ans. Elle décrit une situation humanitaire dramatique et un régime qui compose difficilement avec l’aide humanitaire internationale.
« La situation humanitaire est catastrophique », estime Véronique Mondon, qui supervise des programmes de réhabilitation dans une douzaine d’hôpitaux en Corée du Nord. « La population a faim et il y a énormément de besoins à tous les niveaux », explique-t-elle.
« Au début, le régime niait les problèmes du secteur médical. Mais après ils les ont reconnu et accepté l’aide. Ca n’a pas été évident de leur faire admettre qu’ils avaient besoin d’un soutien, se souvient cette expatriée. « Actuellement, il est possible d’amorcer un dialogue avec les autorités et de travailler de façon relativement constructive, même si nous avons eu beaucoup de difficultés à mettre en place notre projet ».
Alors que la pénurie en électricité, chauffage, eau courante et nourriture touche toutes les classes de la société, ce sont près de 60% des quelque 23 millions d’habitants du pays qui paient encore plus durement le prix de l’isolement du pays. « Cette population est notoirement défavorisée, en particulier en province, et vit dans une dangereuse précarité », souligne Véronique Mondon.
« Le gouvernement coréen n’a pas envie d’aider les gens qui sont dans le besoin, qui sont considérés comme une ‘population inutile’. Ce sont des gens qui ne sont pas idéologiquement utiles», explique-t-elle, en précisant que les conditions de vie de ces laissés pour compte sont « terribles ».
A Pyongyang, où elle vit et travaille dans le quartier réservé aux Occidentaux, Véronique analyse la situation des ONG dans le pays : « La présence humanitaire c’est quelque chose de sensible, d’assez atypique. Ce régime ne comprend pas ce qu’est une ONG, ils ont énormément de mal à nous situer », notamment en raison d’« une vision d’un Occident décadent et incapable de s’engager vers un ‘idéal’ ou une quelconque forme de générosité ».
Si les équipes de Première Urgence sont relativement épargnées par les tensions diplomatiques internationales, les luttes au sein même de l’appareil politique coréen peuvent cependant venir entraver le travail des organisations humanitaires. Les conséquences : blocage sur les visas ou refus d’autorisation pour aller travailler en province. « Ca peut être très grave », admet Véronique.
Renforcer l’accès aux soins de base de la population
Première Urgence intervient depuis 2002 dans la réhabilitation hospitalière, qui nous permet de toucher une large partie de la population. Les principaux programmes visent à mettre en place des unités de production de fluides intraveineux (installation de chaînes de production dans 12 hôpitaux du pays).
L’injection de ces fluides (solution de Ringer, lactate, glucose, sodium) constitue un acte thérapeutique de base, qui peut sauver des vies de façon très simple. Première Urgence a choisi de répartir ses activités entre plusieurs hôpitaux pour limiter les risques de détournement, pour palier aux problèmes de distribution à l’intérieur du pays et pour être là où se trouve la population vulnérable.
En 2005 et 2006, notre ONG a poursuivi l’objectif de passer le relais aux autorités locales, afin que les 12 hôpitaux deviennent autonomes. Première Urgence considère que la situation sanitaire du pays est loin d’être satisfaisante et entend, en fonction de la marge de manœuvre disponible, continuer à apporter son appui aux structures de santé coréennes.
Autonomie des équipes coréennes
Première Urgence met en œuvre un projet de transfert de compétences pour passer la main aux autorités nord-coréennes. Depuis 2005, notre objectif est de responsabiliser progressivement les hôpitaux bénéficiaires, ainsi que le ministère de la Santé nord-coréen dans la gestion technique et financière des 12 laboratoires installés depuis 2002.
Cet objectif sera poursuivi en 2007. Afin de s’assurer de la qualité des poches de fluides intraveineux produites dans les unités mises en place lors des précédents programmes, Première Urgence a décidé de fournir l’équipement nécessaire à l’installation à Pyongyang d’un laboratoire central de contrôle qualité sur les solutions injectables et d’accompagner son lancement. Les matières premières, sans lesquelles les hôpitaux ne peuvent fonctionner, sont déficientes en Corée du Nord et une étude du marché chinois est prévue afin d’importer les matières premières et consommables.
L’un des régimes les plus fermés au monde
La République populaire démocratique de Corée (RPDC) est un des pays les plus fermés au monde et des plus réticents à accueillir l’aide humanitaire. Après la mort du dirigeant Kim Il-Sung en juillet 1994, son fils Kim Jong-Il lui a succédé comme chef de l’Etat. Les relations de la communauté internationale avec la Corée du Nord ont été mises à rude épreuve, notamment en raison du programme de recherche nucléaire nord-coréen. La Corée du Nord, qui figure sur « l’Axe du mal » décrétée par Washington, a reconnu en 2002 disposer de l'arme atomique. Le pays a mené en octobre 2006 un essai nucléaire, qui a encore un peu plus détérioré les relations avec la communauté internationale et notamment avec les Etats-Unis et le Japon.
Cette crise avec la communauté internationale s’est soldée par une résolution de l’Onu instaurant un embargo sur les armes et les produits de luxe. Fin 2006, la Corée est retournée à la table des négociations avec les six (RPD de Corée, Corée du Sud, Japon, Chine, Etats-Unis, Russie) sur l'arsenal nucléaire nord-coréen.
Le Nord a finalement accepté le 13 février d'entamer le démantèlement de son programme d'armement nucléaire en échange d'une aide énergétique et alimentaire, s'engageant à fermer son principal réacteur sous 60 jours.
Pour en savoir plus sur notre mission en Corée du Nord








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